La fonction commentative

L'Université de Lille (Lille 3), avec le laboratoire de recherche STL (Savoirs, Textes, Langages) ainsi que l'équipe de recherche CeLiSo (Centre de Linguistique en Sorbonne, EA 7332) de l'Université Paris-Sorbonne, accueillera le Symposium International 2016 des Linguistes Germanistes[1]. Il réunira des collègues français et étrangers et s'inscrit dans une tradition de rencontres favorisant la coopération et la réflexion des chercheurs par-delà les frontières.

 

Le thème retenu pour le symposium 2016 est :

La fonction commentative.

 

La langue principale étudiée est l'allemand. Les études contrastives seront les bienvenues, la langue de référence devant être l'allemand.

 

La thématique est centrée sur la « fonction commentative » afin de délimiter le concept et le rôle du « commentaire » et d'intégrer un ensemble de réflexions autour de différents domaines linguistiques auxquels s'applique la notion de « commentaire / commenter ».

Dans la tradition médiévale, le commentaire participait d'une activité, souvent institutionnalisée, visant à l'appropriation d'un texte. Il pouvait s'agir d'un texte plus ancien, notamment celui de philosophes de l'Antiquité, ou d'un texte contemporain, la réflexion s'inscrivant dans le cadre plus large de l'établissement d'un savoir. Qu'il s'agisse de gloses ou de l'établissement d'un nouveau texte, le commentaire soulevait les enjeux fondamentaux liés à la fidélité au sens, à la lettre ou à l'intention de l'auteur.

La linguistique contemporaine s'est appropriée le terme, tout en en transformant les bases de la réflexion. Elle n'en propose cependant pas de définition générale. Les ouvrages de référence situent le commentaire par rapport au dualisme topique / commentaire dans l'approche informationnelle ou le genre textuel du commentaire (Maingueneau 2002, Moeschler 1994), voire l'ignorent (Bußmann 2008). Or les expressions commentaire / commentatif apparaissent dans l'analyse de nombreux phénomènes.

En effet, commenter pourrait être décrit comme une fonction, attribuant à une unité x une nouvelle valeur consistant à « dire quelque chose à propos de x ». Ceci amène à considérer le commentaire dans deux optiques différentes qui se complètent : à la fois comme un acte commentant et le résultat de l'action de commenter.

Que la perspective d'études soit dynamique ou résultative, la notion de commentaire reflète en tous les cas un changement de perspective de celui qui commente.

 

Plusieurs axes de réflexion se dégagent :

 

1)         Qu'est-ce que l'on appelle « commentaire » ? Par opposition à la parenthèse par exemple, il ne s'agit pas d'une unité identifiable a priori, mais d'une activité, souvent liée à une stratégie.

– Au plan définitoire, il convient de délimiter le commentaire par rapport à d'autres concepts tels que :

  • Commentaire / polyphonie – le commentaire repose sur la polyphonie, mais jusque dans quelle mesure, car toute polyphonie n'est pas nécessairement commentaire (Vion 2005),
  • Commentaire / dialogisme – comment se situe le commentaire dans le cadre de nouvelles approches, notamment en linguistique interactionnelle ?
  • Commentaire / évaluation, que rapprochent et différencient le commentaire et l'évaluation (Hunston 2013)?

– Le commentaire appelle aussi à être circonscrit par rapport à des phénomènes apparentés tels que l'incise, l'apposition, la parenthèse (parenthèse et double prédication par exemple), – qu'est-ce qui relève à proprement parler du commentaire ?

 

2)         L'analyse pourra porter aux plans sémantico-syntaxique, discursif, informatif, communicatif sur des unités ou phénomènes permettant de progresser par complexité croissante :

– des micro-structures (au plan phonologique),

– des phénomènes supra-segmentaux (prosodie, focalisation contrastive) lorsque le commentaire est intégré dans une structure d'accueil,

– et, dans une optique sémantico-syntaxique et discursive, sur :

  • des groupes ou unités inférieures à l'énoncé : commentatifs, expressions méta-linguistiques, corrections, explicitations, retours en arrière, anticipations...
  • l'emploi des cas dans le cadre de décrochages (emploi du nominatif dans certaines appositions au lieu du datif / accusatif / voire du génitif),
  • l'étude des relatives dites appositives ou commentatives (non déterminatives), des subordonnées dites « commentatives » (certaines causales, concessives),
  • le statut particulier des subordonnées en weil + V2,
  • les linéarisations spécifiques au plan syntaxique (position avancée de la base conjuguée, certaines topicalisations ou postpositions par exemple).

 

3)         Au plan de l'énoncé, les interrogations pourront aussi porter :

  • sur l'étude de la structure informative topique / commentaire (Krifka 2007), aussi dans ses relations avec les phénomènes cités en (2),
  • sur le lien susceptible de s'établir entre commentaire et certains types d'énoncé (excla-matifs, par exemple), notamment dans le cadre de l'« insubordination »(Evans 2007),
  • sur les emplois des exclamatives ou autres types d'énoncés.

 

4)          Le commentaire en tant que genre textuel (exprimant un avis, Lüger 1995) invite à de nombreuses analyses, les recherches récentes privilégiant une approche multifactorielle (Mehrebenen-Modell, Heinemann / Viehweger 1991) et s'interrogeant sur la stratégie mise en œuvre à travers le texte (Lenk / Vesalanien 2012). Participant d'une stratégie souvent persuasive, le commentaire se justifie en grande partie par rapport au public ciblé et s'inscrit de manière dynamique dans la tension qui s'instaure entre le domaine commenté, celui qui commente et le public à convaincre. Ces questions pourront être étudiées dans différents domaines (la presse, le domaine politique, économique, culturel...). Des contributions pourront aussi cibler des sous-genres comme l'éditorial, les enchaînements distinctifs ou autres facteurs de cohésion qui les caractérisent.

 

Un statut particulier incombe à la phraséologie dans sa fonction constitutive au plan textuel et son rôle pragmatico-communicatif.

 

5)          La réflexion sur le rôle du commentaire pourra aussi ouvrir sur d'autres domaines, comme celui de la traduction, lorsqu'elle devient commentaire, notamment dans les approches ciblistes (Ladmiral 2014), ou impose une construction théorique parallèle (traductions de Freud ou de Heidegger...).

 

6)         L'approche historique soulève de nombreuses interrogations, entre autres : Quelle a pu être, dans le domaine allemand notamment, l'évolution du commentaire en tant que genre textuel ? On pourra s'intéresser à la tradition de la glose, à l'établissement d'éditions critiques, éventuel-lement au traité ou à l'essai...

 
 
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version allemande http://germanisten2016.sciencesconf.org/

[1]Le symposium, dont le sujet est libre, alterne une année sur l'autre avec le colloque de l'agrégation  consacré au thème de l'option de linguistique allemande proposé à l'agrégation d'allemand.

 

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